une si charmante enfant suite…

Ils y fréquentaient notamment un vieil instituteur à la retraite qui passait ses journées à vélo dans les petits chemins à chasser les papillons et scruter la nature, magnifique et sauvage. Le vieil homme se prénommait Baldr, et on imaginait aisément qu’il fut un magnifique et charmant jeune  homme dans sa jeunesse. Son cœur était aussi grand que sa culture et il s’était toute sa vie dévoué à ses petits élèves. Il goutait désormais une retraite bien méritée, de petites lunettes rondes toujours sur le bout de son nez, chantonnant à pieds ou bicyclette, sur les chemins dans la lande et la forêt alentours.

Baldr connaissait Gryla et ses parents. Il les plaignait beaucoup et se demandait comment les aider. Il avait essayé de parler à Gryla, mais n’avait obtenu que grimaces et ricanements. Mais il ne se décourageait pas. Tout enfant à quelque chose de bon en lui.

Un jour, il annonça qu’il partait en excursion dans la montagne, seul, comme il aimait à le faire souvent, il avait là-haut, un refuge sous la forme d’une sympathique vieille roulotte aménagée à son idée. Il projetait d’y passer quelques jours, à cueillir des baies, étudier la faune et la flore et peut être écrire quelques poèmes.

 Gryla à son habitude épiait et écoutait les adultes, sous les fenêtres de sa chambre. Elle avait désormais dix ans. Elle était plus grande et bien que moins laide, inspirait la crainte autour d’elle. Tout le village en parlait, les oncles, les tantes, les commerçants, le pasteur même. Les autres enfants la fuyaient et se cachaient à sa vue.

Le lendemain matin, Baldr partit donc pour son expédition et on le vit disparaitre au loin, cheminant tranquillement, son sac sur le dos et son filet à papillons en bandoulière.

A l’heure du déjeuner, Gryla ne descendit pas à table. Ses parents appelèrent et la cherchèrent dans toute la maison et le jardin, ainsi que dans les rues du village, sans succès. On s’aperçut qu’elle avait pris un sac à dos, deux couvertures et des ustensiles de cuisine, dont plusieurs grands couteaux.

Ni Baldr, ni Gryla ne revinrent dans les semaines qui suivirent.

On monta plusieurs expéditions avec les gardes forestiers, les habitants du village, et même la police et les pompiers. La roulotte de Baldr fur retrouvée et visitée. On y découvrit le vélo du vieil instituteur, son filet à papillons et quelques carnets de croquis sur lesquels Baldr avait noté quelques débuts de poèmes.

Les années passèrent.

Personne ne trouva jamais la première cache de Gryla, celle où elle enfermait ses armes, ses précieux couteaux..

Personne ne trouva, non plus, les caches suivantes, où Gryla entreposait les fruits de ses chasses, lapins, oiseaux, écureuils, mais aussi baies sauvages, qui faisaient ses délices.

Personne ne retrouva jamais sa cache la plus précieuse, enfouie dans le sol comme les autres, sous un matelas de feuilles mortes, au pied d’un fort bel arbre, la cache que tous les habitants de la forêt fuyaient avec effroi, craignant les rires et hurlements qui s’en échappaient.

Que renfermait-elle donc cette troisième cache de si précieux pour Gryla, la «  sorcière » ?

Etait ce le terrible Yeti, recouvert de poils hirsutes et blancs ? Que d’aucuns juraient avoir aperçu et disaient que l’esprit de Gryla, la terrible sorcière, le délivrait au lever du jour, pour faire peur aux promeneurs égarés aux alentours…

Etait-ce  les Fleurs du mal de Charles Beaudelaire, récitées par le pauvre Baldr disparu, avec en écho les ricanements des petits trolls et autres monstres de la forêt ? « Sois sage o ma douleur et tiens toi plus tranquille, tu réclamais le soir… Hou ! Hou ! le voici….»

Ou bien, n’était-ce pas, plutôt le refuge de l’Amitié ?  Une cache très spéciale, celle de Gryla et de celui qui était devenu son seul ami.

 Un chaleureux endroit dans lequel ils se réfugiaient tous deux, dès que des visiteurs approchaient. Le vieil homme, qui avait réussi à apprivoiser la terrible jeune fille, lui qui l’acceptait telle qu’elle était, l’instituteur Baldr, qui avait choisit avec et pour elle, la liberté de vivre, et d’Etre, loin des contingences matérielles et esthétiques, loin de la normalité.

Las du monde d’en bas et des bien-pensants.

Baldr et Gryla s’étaient-ils tranquillement apprivoisés l’un l’autre là-haut dans la montagne ? Dans une forêt enchantée ?

Entre deux festins et, avec leur humour noir complice, ils avaient écrit un conte, devenu depuis une légende, fameuse en Islande : 

Le conte de la sorcière Gryla,

 Qui dévorait tous crus, à Noel, les petits enfants pas sages.

Evelyne H. Christiandottir***

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